Article Reference Agro : « NOUS APPRENONS À DÉCOUVRIR LE MONDE AGRICOLE », ALEXANDRE STUBER, AIR FRANCE

Les compagnies aériennes générant plus de mille tonnes de CO2 par an sur le territoire national devront compenser, en 2024, 100 % des émissions de gaz à effet de serre de leurs vols intérieurs, dont 50 % avec des crédits carbone nationaux, dans le cadre de la loi Climat et résilience. Air France est la première structure concernée. Elle explore en particulier la possibilité de soutenir des projets agricoles Label bas-carbone, en lien avec une politique de restauration plus durable. Explication avec Alexandre Stuber, responsable décarbonation d’Air France.

Référence agro : Quelle est la politique d’Air France vis-à-vis de la décarbonation ?

Alexandre Stuber : L’activité de la compagnie a été fortement impactée par la crise de la Covid-19. Le trafic reprend peu à peu, mais reste encore touché de façons diverses selon les régions du monde. En 2019, Air France et Transavia ont généré 16 millions de tonnes de CO2, principalement dû à la combustion du kérosène. Notre priorité est bien sûr de réduire les émissions directes en actionnant tous les leviers à notre disposition : renouvellement de notre flotte, éco-pilotage et incorporation progressive de carburants d’aviation durable, SAF. Les SAFs actuellement disponibles sont des biocarburants de deuxième génération. Ces carburants issus de biomasse, notamment d’huiles usagées ou de déchets municipaux, ne concurrencent pas les cultures alimentaires.

Pour nos vols intérieurs, concernés par le décret de la Loi Climat et résiliencel’obligation réglementaire de compensation représente un peu moins de 800 000 tonnes sur la base de notre activité de 2019. D’ici à 2024, la moitié de ces émissions devront être compensées par des projets labellisés bas carbone, soit environ 400 000 tonnes.

R.A. : Quelle sera la place des crédits carbones agricoles ?

A.S. : Depuis la publication du décret, nous avons pris contact avec plusieurs acteurs du monde agricole tels que CarbonAgri, TerraTerre, ou MyEasyFarm pour mieux comprendre les enjeux sur le segment agricole. Dans le même temps, EcoAct, partenaire d’Air France sur ces sujets, nous aide à sourcer les crédits carbone et nous accompagne dans une sélection rigoureuse de projets. L’agriculture émet en effet des gaz à effet de serre, mais est en même temps, et surtout, une source précieuse pour séquestrer des quantités significatives de carbone en adaptant les pratiques traditionnelles.

Nous apprenons à découvrir le monde agricole. Nous voyons notamment très clairement le potentiel formidable que le monde agricole peut apporter dans le stockage du carbone via l’initiative 4 pour 1000. Contribuer à la transition du secteur agricole revêt un double sens pour nous : nous pouvons à la fois aider à absorber et stocker du carbone dans le cadre de la Loi Climat et résilience, et, dans le même temps, aider au développement de projets permettant de financer le changement de modèle de production agricole.

Pour 2022, nous maintiendrons probablement un certain équilibre forestier-agricole dans notre portefeuille de projets Label bas-carbone. Cependant, les projets agricoles présentent l’avantage d’entrer directement dans notre chaîne de valeur. En effet, Air France, par les millions de plateaux repas servis à bord de nos avions chaque année est un acteur important de la restauration. Aussi, nous étudions de près comment intégrer dans nos filières d’approvisionnement les productions agricoles provenant de projets préalablement inscrit dans notre portefeuille de projets Label bas-carbone. C’est une logique de synergie qui porterait beaucoup de sens pour nous.

R.A. : Quel sera le coût de cette nouvelle réglementation ?

A.S. : Les crédits carbone issus de secteur agricole français sont plus chers que ceux que nous trouvons sur les marchés internationaux. En France, la compensation réglementaire s’appliquant aux émissions des vols domestiques fixe un prix plafond de 40 euros la tonne. Cependant, nous sommes conscients que le monde agricole fait face à un surcoût significatif pour opérer les changements de pratiques agricoles. Ainsi, la contribution d’Air France, via son positionnement sur les projets Label bas-carbone dans le monde agricole, permet de soutenir l’évolution vers ces nouveaux modes de production.

R.A : Allez-vous communiquer sur l’utilisation de crédits carbone agricoles ?

A.S. : En matière climatique, plusieurs études scientifiques s’accordent pour affirmer que la priorité des années à venir consiste à réduire les émissions générées chaque année dans l’atmosphère. Ainsi, nous souhaitons refléter cet état de fait dans nos communications, en les axant sur tous les leviers que nous déployons, et ceux à disposition de nos clients, pour réduire nos émissions de CO2. Néanmoins, nous sommes très attentifs à avoir une communication claire et transparente sur le sujet de la compensation. En effet, nous sommes extrêmement vigilants à ne pas donner l’impression à nos clients que les actions dites de compensation, si vertueuses soient-elles d’un point de vue de capture carbone et protection de la biodiversité, « annulent » les émissions de leurs trajets.

C’est la raison pour laquelle nous devons communiquer avec beaucoup de rigueur et de précision sur l’utilisation de crédits carbone sur les émissions domestiques pour répondre aux obligations règlementaires françaises : nous le ferons en expliquant rigoureusement le contexte dans lequel elle s’inscrit – et, concernant les crédits carbone agricoles, en la mettant en cohérence avec notre volonté de contribuer à la transition des filières agricoles – en évitant de donner l’impression à nos clients qu’elle permettrait des vols domestiques « neutres en carbone », notion qui serait un non-sens scientifique.

Article par Stéphanie Ayrault, le 13 février 2023

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